#8: Vik Muniz, collages de photos de famille à Images Vevey

J’espère que tu es confortablement installé pour découvrir cette huitième édition de La Lettre de Blou 💌.

Ce mois-ci mes 3 coups de 💙 viennent tous de la Biennale Images Vevey et racontent, chacun à sa façon, une histoire de famille.

Barbara Davatz ou l’art de photographier le temps qui passe

Triptique de photo de Barbara_Davatz: Sascha + Barbara from the series As Time Goes By

Fin septembre, la Biennale Images Vevey a refermé sa dixième édition. Depuis 2008, ce festival investit la ville tous les deux ans avec une cinquantaine de projets photographiques, installés sur les façades, dans les parcs ou même dans une église, chacun pensé pour son lieu. Le thème de cette année, We Are Family!, a inspiré les trois coups de cœur de cette lettre.

Premier coup de cœur, la photographe zurichoise Barbara Davatz. En 1982, elle fait poser douze jeunes duos dans un studio, des couples, des amis, des frères et sœurs. Elle les place de face, devant un fond gris, et les photographie en noir et blanc. Puis elle les retrouve à plusieurs reprises, sur plus de trente ans, pour refaire exactement la même image.

Prenez Barbara et Sascha, l’un des couples de la série. Sur la première photo, elle porte les cheveux courts, lui une veste en brocart et des bretelles. Six ans plus tard, ils ont échangé leurs places et portent tous deux une cravate. Sur la troisième, une petite fille se tient entre eux.

Comme la façon de photographier ne change jamais, chaque changement saute aux yeux, des visages aux coiffures, des vêtements à la famille qui s’agrandit. Au fil des séances, certains couples se séparent, d’autres se forment, si bien que la série se lit comme un arbre généalogique.

Vieillir un visage prend aujourd’hui un clic. Ces portraits, eux, racontent des années réellement vécues.

 

LE CONSEIL DESIGN
Une règle visuelle répétée dans le temps peut devenir une véritable signature. Dès 1984, Oliviero Toscani photographie pour Benetton des jeunes de toutes origines sur un même fond blanc. Le décor reste identique, ce qui permet de mettre en valeur les différences entre les personnes. Ce qu’il faut retenir : utiliser régulièrement les mêmes couleurs, la même typographie et la même mise en page permet de créer une identité visuelle facilement reconnaissable.

Vik Muniz : des souvenirs en mille morceaux

Vik-Muniz_Oeuvre exposée à la Biennal de Vevey: Friendship from the series: Album

Vik-Muniz_zoom sur une oeuvre exposée à la Biennal de Vevey: Friendship from the series: Album
Zoom

De loin, deux amies sont attablées, lunettes de soleil sur le nez et verre de vin à la main, comme sur une photo de vacances tirée d’un vieil album. Quand on s’approche, on découvre qu’il s’agit d’un collage. Les lunettes, les verres et les assiettes sont faits de centaines de morceaux d’autres photos, où l’on distingue des visages souriants, des enfants et des tablées d’inconnus. On y repère même des numéros de tirage, une date, 1942, et le logo Kodak au dos d’un cliché.

L’artiste brésilien Vik Muniz s’est fait connaître en dessinant des images avec du sucre, du chocolat ou des déchets, qu’il photographie ensuite. Pour sa série Album, il chine depuis des années des photos de famille anonymes, qu’il découpe et assemble en immenses collages avant de photographier le résultat. Chaque scène familiale se trouve ainsi reconstruite avec la vie de milliers d’inconnus.

Ce qui m’impressionne, c’est le travail de collecte, de tri et d’assemblage, pièce par pièce. Devant ses œuvres, chacun reconnaît un souvenir, comme si ces inconnus faisaient un peu partie de la famille.

 

LE CONSEIL DESIGN
Pour un anniversaire d’entreprise, une plaquette ou une page « À propos », fouillez vos archives. Anciennes photos d’équipe, premiers emballages ou croquis d’époque racontent votre histoire avec une sincérité qu’aucune banque d’images n’offre.

Elsa & Johanna jouent tous les rôles

Photographie de Elsa&Johana: Le calme avant la tempête présentée à la Biennal de Vevey

Photo de Elsa&Johana_Le_brame

Sur cette terrasse, deux voisines prennent l’air, le regard tourné vers le ciel. Sur l’image suivante, dans une salle à manger décorée de bois de cerf, une jeune fille ajuste le col de la personne qui lui fait face. On croirait feuilleter l’album d’une famille du nord de l’Allemagne. Pourtant, ces quatre personnages sont joués par les deux mêmes femmes, Elsa Parra et Johanna Benaïnous.

Depuis 2014, ce duo français se tient à la fois devant et derrière l’objectif. Pour The Timeless Story of Moormerland, elles ont sillonné pendant quatre semaines une quinzaine de villages de Basse-Saxe. Installées dans des maisons restées dans leur état d’origine, elles y ont inventé une vingtaine de personnages, du père de famille à l’adolescente mélancolique. Tout est photographié à l’argentique et en lumière naturelle, d’où ces couleurs chaudes qui rappellent William Eggleston, le photographe américain qui les a beaucoup inspirées.

Ce qui me fascine, c’est tout le travail invisible. Il a fallu imaginer l’ambiance de chaque foyer, préparer les costumes, repérer les maisons, organiser l’itinéraire et écrire l’histoire de chaque scène. Tout semble pris sur le vif, alors que tout a été préparé.

 

LE CONSEIL DESIGN
Pour qu’une série de photos se lise comme un tout, sur un site ou sur les réseaux sociaux, gardez la même ambiance d’une image à l’autre. Une lumière semblable et des couleurs proches suffisent à créer un véritable album.

LA PHOTO DU MOIS

Les amoureux du banc

J’ai pris cette photo à la Biennale de 2024. Au premier plan, une surface aux couleurs vives, jaune, rose, orange et bleu, est couverte de gros points. Au centre, une ouverture ovale laisse voir une tout autre scène, deux personnes assises sur un banc face au lac, en pleine discussion.

J’ai l’impression de regarder par le trou d’une serrure pour entrer, l’espace d’un instant, dans l’intimité de deux inconnus. Ils ne posent pas et ne savent pas qu’on les regarde. Autour d’eux, les couleurs et les points flous créent une ambiance presque rêveuse.

Comme chez Vik Muniz, cette photo joue sur la distance entre la vue d’ensemble et le détail. Elle m’évoque aussi Georges Seurat et son célèbre Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, peint entre 1884 et 1886. Sur une île de la Seine, des promeneurs, des familles et des couples profitent du bord de l’eau. De loin, la scène paraît nette. De près, elle se décompose en milliers de petites touches de couleur que l’œil mélange à distance. Ce principe sert encore aujourd’hui à imprimer les photos dans les magazines, grâce à une trame de points. Ma photo fait le chemin inverse. Les points envahissent l’image, et seule la petite scène du banc reste parfaitement lisible.

Pour rester dans le thème de cette Lettre de Blou, une famille commence parfois ainsi, avec deux personnes sur un banc.

Photo "trou de serrure" prise a Vevey sur un couple sur un banc face au lac
Les amoureux du banc

Blou Design
Genève / Suisse

natalie@blou-design.ch
T. +41 78 766 80 35

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