La lettre de Blou #3

J’espère que tu es confortablement installé pour découvrir cette seconde édition de La Lettre de Blou. C’est partit !

Ce mois-ci, mes 3 coups de 💙 mêlent street art, jeu de volume et un village classé UNESCO.

Quand les murs parlent

Fresque Connuna 13 - Medellin

En Colombie, le mur n’est pas un support neutre. Dans un pays traversĂ© par des dĂ©cennies de conflits, d’inĂ©galitĂ©s et de violences, le graffiti s’est imposĂ© comme une forme d’expression Ă  la fois artistique et politique. Les murs sont devenus un espace de parole pour tout ce que les discours officiels ne disaient pas.

Ă€ la Comuna 13 de MedellĂ­n, les fresques racontent l’histoire du quartier dans ses diffĂ©rentes Ă©poques : sa violence passĂ©e, les annĂ©es sombres des cartels, puis sa mĂ©tamorphose progressive. Le street art n’y est pas un simple embellissement. C’est Ă  la fois un acte de transmission et une forme de reconstruction collective.

Ă€ Bogota, la dĂ©marche prend une autre dimension. Dans certains quartiers, des pans entiers de murs sont devenus des espaces d’expression oĂą les artistes renouvellent leur travail au fil du temps.

Cette reconnaissance ne s’est pas faite sans rĂ©sistances. Pendant des dĂ©cennies, le graffiti Ă©tait considĂ©rĂ© comme du vandalisme et fortement rĂ©primĂ©. En 2011, la mort d’un jeune graffeur Ă  Bogota provoque une indignation nationale. S’ensuit une dĂ©pĂ©nalisation progressive, un soutien des autoritĂ©s locales, et le dĂ©veloppement de fresques Ă  grande Ă©chelle. Aujourd’hui, le secteur privĂ© suit le mouvement, commerces et restaurants mandatant des artistes pour dĂ©corer leurs devantures.

Bogota est aujourd’hui reconnue comme l’une des capitales mondiales du street art.

 

LE CONSEIL DESIGN
L’esthĂ©tique attire l’Ĺ“il. Mais ce qui reste en mĂ©moire, c’est une image qui raconte. Est-ce que votre identitĂ© visuelle reflète clairement qui vous ĂŞtes et ce qui vous distingue ?

Fernando Botero : quand le style devient une signature

Peinture de Botero d'un homme mangeant une cuisse de poulet

 

Botero - Femme Ă  la robe rouge

Les œuvres de Fernando Botero se repèrent en quelques secondes. Dans la rue comme dans un musée, ses personnages se distinguent par leurs formes pleines et leurs proportions exagérées.

Né à Medellín en 1932, il se forme d’abord à la peinture classique. Il étudie les grands maîtres européens, mais aussi l’art précolombien et la tradition coloniale. À partir des années 1950, il développe progressivement un langage personnel. Il ne cherche pas à représenter le réel fidèlement, mais à le transformer par le jeu des volumes.

Il peint des scènes du quotidien, des figures politiques ou religieuses. À travers son regard, les corps s’élargissent et les attitudes se figent, ce qui change la lecture des scènes et leur donne un côté décalé, presque burlesque, que j’aime beaucoup.

Ses sculptures occupent aujourd’hui l’espace public à Bogotá et Medellín et font partie du paysage urbain.

 

LE CONSEIL DESIGN
Comme le style de Botero, une identitĂ© visuelle se construit par des choix rĂ©pĂ©tĂ©s dans les couleurs, les formes et la manière de structurer les Ă©lĂ©ments. Vos supports de communication reflètent-ils qui vous ĂŞtes, sans qu’il soit nĂ©cessaire de chercher votre logo ou votre nom ?

Ce que la ville de Salento m’a confirmĂ© sur la couleur

Salento, rue colorée

Dans les rues de Salento, dans la rĂ©gion du QuindĂ­o, ce qui frappe d’abord n’est pas la couleur. C’est l’organisation.

Les maisons sont construites selon la technique du bahareque, un assemblage de bambou, de bois et de terre utilisĂ© dans la rĂ©gion depuis le 19e siècle, avec des façades gĂ©nĂ©ralement blanches et des encadrements de portes, de fenĂŞtres et des balcons peints en couleurs franches, souvent contrastĂ©es. Cette logique se rĂ©pète d’une maison Ă  l’autre, crĂ©ant une cohĂ©rence d’ensemble sans uniformitĂ©. Chaque bâtiment garde sa propre palette, mais tous obĂ©issent Ă  la mĂŞme structure.

Le centre historique de Salento fait partie du Paysage culturel du cafĂ©,inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2011. Ce qui a sans doute contribuĂ© Ă  prĂ©server l’architecture telle qu’elle est : sobre dans sa construction, vive dans ses dĂ©tails.

RegardĂ© avec un Ĺ“il de graphiste, Salento illustre bien ce que la couleur peut faire quand elle est pensĂ©e comme un système : elle ne dĂ©core pas, elle organise. L’unitĂ© visuelle du village ne vient pas de l’uniformitĂ©, mais de la cohĂ©rence des règles.

 

LE CONSEIL DESIGN
Une palette cohĂ©rente, c’est avant tout une palette oĂą chaque couleur a un rĂ´le dĂ©fini. Est-ce le cas dans votre communication ?

LA PHOTO DU MOIS

ArrĂŞt sur image : l’astre des champs

Je l’ai remarquĂ© en aoĂ»t dernier, seul au milieu d’un champ de maĂŻs. Petit, droit, tournĂ© vers le soleil. Alors je l’ai pris en photo, pour ne pas l’oublier.

Il y a quelque chose dans le tournesol qui a toujours attirĂ© les artistes. Van Gogh en a peint des sĂ©ries entières Ă  Arles en 1888, non pas pour leur beautĂ© dĂ©corative, mais pour ce qu’ils dĂ©gageaient. Une forme de force tranquille, une orientation obstinĂ©e vers la lumière.

Le tournesol était la fleur préférée de ma Mamy, qui nous a quittés au terme de ses 98 ans. À mes yeux, elle lui ressemblait.

Tournesol au milieu des champs
L’astre des champs